De Tchernobyl à Fukushima/ Conférence par Roland DESBORDES, président de la CRIIRAD ( Commission de Recherche et d'Information
Indépendante sur la Radioactivité) le vendredi 30 mars 2012
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Naissance de la CRIIRAD avec Tchernobyl
C'est une association à but non lucratif agréée pour la protection de l'environnement. Elle a pour missions fondamentales :
L'association est née suite à la catastrophe de Tchernobyl en 1986 et au premier mensonge des pouvoirs publics concernant le nuage radioactif qui aurait été
repoussé par l'anticyclone des Açores. A l'époque le Professeur Pelerin dit que le nuage est passé mais n'a pas déposé de radioactivité.
La CRIIRAD décide alors de créer un laboratoire dans la Drôme pour mesurer la radioactivité. En 1986, une norme européenne est créée sur la contamination des
aliments. Or de nombreux produits dépassent la norme et on laisse consommer ces aliments. Il y a de nombreuses mesures à l'époque mais aucune information. En mars 2001, la CRIIRAD dépose une
plainte au Tribunal de Grande Instance de Paris pour dénoncer les cancers de la thyroïde liés à la radioactivité. La juge en charge de l'enquête va chercher des preuves, des documents. Le
professeur Pelerin sera mis en examen. Mais le dossier va s'enliser et tout est fait pour freiner l'enquête. Tous les experts nommés ne font rien. En septembre 2011, l'affaire est classée et le
professeur Pelerin libéré.
C'est en Corse que la population va réagir : l'association territoriale corse finance une étude épidémiologique sur la Corse et fait appel à des scientifiques
italiens. En 2006 parait la carte officielle des retombées radioactives. Il aura fallu 20 ans à la CRIIRAD pour faire connaître la localisation des retombées en France. A l'époque aucun produit
n'a été retiré du marché. Il a fallu 20 ans pour que les autorités reconnaissent qu'elles se sont trompées.
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La modernité japonnaise mars 2011
C'est un évènement classé impossible qui se produit, les japonnais ne maitrisent pas la situation. Quand une centrale s'arrête il faut évacuer la chaleur très
rapidement sinon cela peut être très grave. Or au Japon, très rapidement le gestionnaire TEPCO ne peut plus rien et n'a plus la main sur les réacteurs. Le coeur est en fusion et il y a des
pastilles d'uranium au fond de la cuve que l'on ne peut pas refroidir, le béton est attaqué, la cuve transpercée. TEPCO n'a pas d'experience, pas de réference.
Plusieurs scénariis se sont alors profilés :
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pour les autorités japonnaises, ça refroidit doucement;
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cas extrême : le coeur entre dans la terre avec les conséquences que l'on imagine...
L'IRSN ( Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire) a dit au lendemain de Fukushima que ce n'était pas la peine d'évacuer les populations. C'est d'un
niveau de désinformation totale, tout à fait affolant. C'est l'IRSN qui déciderait de l'attitude à adopter en cas de catastrophe française, cela laisse présager de ce qu'il pourrait se
passer.
La CRIIRAD va s'interesser à Fukushima car on n'a peu d'information de TEPCO et des autorités japonaises. La population japonaise va découvrir la CRIIRAD grâce au
compteur Geiger, car très rapidement les japonais vont en manquer. La CRIIRAD va acheminer des compteurs au Japon. Puis des japonais demandent à la CRIIRAD de venir sur place pour effectuer des
mesures et informer. Des échanges s'effectuent entre nos deux pays.
Fin mars 2011, on nous annonce qu'un nuage radioactif arrive du Japon par l'ouest. Cette fois ci la CRIIRAD a des instruments de mesure, ce n'est pas comme en 1986.
Les niveaux de radioactivité mesurés ont été nettement inférieur à Tchernobyl. La CRIIRAD a lancé egalement des analyses d'eau de pluie et de produits frais en Drôme/ Ardèche, les valeurs étaient
très en dessous du risque sanitaire. Ce n'est donc pas un problème pour l'ensemble de la population mais cela peut l'être si l'on habite à la campagne et qu'on est producteur surtout de lait.
C'est sur le lait de brebis que la contamination a été la plus élevée. La CRIIRAD a informé les familles pour que les enfants ne consomment pas de lait de brebis car ils sont plus exposés.
Il faut tenir les gens informés et leur permettre de faire un choix individuel en limitant leur consommation. Le pic des retombées se situait début avril mais à
Fukushima la contamination est loin d'être terminée. En tout cas, la contamination sur la France est arrivée le 22 mars et non le 24 comme annoncé par l'IRSN. Si la contamination avait été plus
importante, on aurait été avertis 2 jours après. La CRIIRAD a donc demandé une enquête au premier ministre sur le laboratoire de l'IRSN qui malgrè ses 2000 employés est responsable de
dysfonctionnement.
Et il y a toujours des questions sans réponses :
Les sites officiels donnent des tableaux de mesure compliqués, mais qui ne permettent pas de répondre à des questions simples.
III Les enjeux du nucléaire
Les meilleurs scientifiques du nucléaire sont en France donc la CRIIRAD dérange et pense que l'état n'informe pas correctement. L'état gère, fait les lois,
surveille : il a l'entier monopole sur le nucléaire et l'enjeu financier est important. Par ailleurs, la politique d'exploitation de l'uranium dans certains pays d'Afrique (comme au Mali) menée
par la France est scandaleuse. Les scientifiques indépendants ont beaucoup de mal à faire entendre leur voix.
La CRIIRAD est un organisme indépendant qui a du poids car elle est associative. Le rôle de la CRIIRAD consiste essentiellement à faire des mesures, à informer, à
surveiller, notamment les déchets et les installations nucléaires, contrôler la gestion des déchets, engager des actions en justice, mobiliser pour défendre notre santé, aider les victimes à
faire toute la lumière sur les conséquences.
Les normes ont été fabriquées dans les années 50, suite à Hiroshima.
On a calculé que sur 65 millions d'habitants, les retombées radioactives actuelles provoquent la mort par cancer de 3000 personnes par an.
C'est un risque que prend l'état pour développer l'energie nucléaire, d'autant que les morts par radioactivité ne sont pas vraiment prouvées. On ne peut pas prouver
que les cancers sont provoqués par la radioactivité : le crime parfait !
Par exemple les archives de l'armée sur les essais nucléaires sont classées secret défense, on ne peut pas les ouvrir.
C'est un compromis entre le sanitairement acceptable et l'économie, le politiquement acceptable.
Les installations nucléaires dans la vallée du Rhône sont une épée de Damoclès. Il y a de la radioactivité dans les sédiments du
Rhône. En conséquences, les rizicultures de la Camargue ne doivent être arrosées que lorsque l'eau est très claire. Très souvent la radioactivité est réintégrée dans l'environnement et c'est
l'être humain qui est au bout de la chaîne.
Problème aussi des déchets :
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les déchets radioactifs sont inutilisables;
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pour la matière radioactive, sa réutilisation est envisagée.
Il est très difficile de faire admettre que certaines matières sont des déchets !
Conclusion
C'est peu dire que le risque nucléaire est sous estimé en France. Les piscines de refroidissement sont le plus grand danger,
notamment en cas d'attentat. Le vieillissement des centrales est un risque majeur. Quand on prolonge la durée de vie d'une centrale à 40 ans, on oublie que la cuve ne peut être changée; il n'y a
pas d'expert indépendant dans ce domaine, tous dépendent des exploitants ! Au Tricastin, la commission des exploitants de sureté nucléaire n'a tiré aucun enseignement des catastrophes mondiales,
seule la montée du Rhône est envisagée comme risque potentiel !
pour aller plus loin : www.criirad.org
lien pour une émission de France Inter sur l'exploitation de l'uranium africain :
http://www.franceinter.fr/emission-l-afrique-enchantee-l-afrique-nucleaire